La science derrière les sondages électoraux

25 juillet 2018, par Charles Dubé


À l’approche des élections, tous les yeux s’y rivent. Au moment de se présenter aux urnes, nombreux sont ceux qui s’y fient pour voter « stratégiquement ». Vous l’aurez deviné; il est évidemment question des sondages électoraux. Ils sont utiles nous donnent une idée de l’issue d’une élection avant la tenue de celle-ci. (Souvent même plusieurs mois avant l’enclenchement d’une campagne !)

À chaque nouveau coup de sonde réalisé par Léger ou Ipsos, entre autres, on analyse les résultats, on tente de déterminer les tendances et on fait des prédictions. Cependant, rarement nous attardons-nous à la méthodologie derrière ces publications. On la prend pour acquise. On se dit que si les médias commandent de telles études, c’est qu’elles doivent être fiables. Nous devrions toujours l’examiner par contre, tous les sondages ne sont pas menés de la même façon ! Prenons donc quelques instants pour décortiquer ces outils très importants que sont les sondages électoraux.

Le vote stratégique

Depuis longtemps, de nombreux politologues critiquent l’utilisation des sondages électoraux, qui sont en bonne partie responsables de l’ampleur du vote stratégique. On qualifie un vote de « stratégique » lorsqu’il est accordé non pas en fonction du parti ou du candidat que l’électeur souhaite le plus voir gagner, mais bien celui qu’il souhaite le plus voir perdre. Par exemple, un électeur qui préfèrerait le candidat en troisième place dans les sondages pourrait être poussé à voter pour le candidat en deuxième place afin de limiter les chances du candidat en première place, qui correspondrait moins à ses convictions. D’ailleurs, 28 % des répondants de la Boussole électorale de Radio-Canada ont avoué que leur intention de vote au cours des élections fédérales de 2015 était davantage motivée par le parti qu’ils aimeraient le plus voir perdre.

Certains avancent donc que si les sondages électoraux n’existaient pas, chacun serait « forcé » de voter pour le candidat qu’il préfère. Ils estiment que cela pourrait apporter d’importants changements dans les résultats. On pourrait par exemple s’attendre à un meilleur succès pour les partis plus marginaux en queue de peloton.

La méthodologie

Si les sondages jouent un rôle aussi important en période électorale, il importe donc qu’ils soient menés rigoureusement. Pas surprenant, alors, que les différents journaux paient plusieurs milliers de dollars à des firmes indépendantes et reconnues comme Léger pour sonder les intentions de vote du public ! Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des publications « compétitrices » commander un sondage conjointement pour minimiser les coûts.

Une fois les résultats rendus publics, il est important de prendre connaissance de la méthodologie des sondages. De nos jours, les façons de faire sont généralement semblables. On mène les sondages majoritairement sur Internet (et non plus par téléphone comme auparavant) à partir de banques de répondants dont disposent les firmes. On bâtit ces banques d’électeurs de façon à créer des échantillons représentatifs de l’électorat étudié.

La marge d’erreur

Le paramètre qui s’avère être le plus représentatif de la fiabilité d’un sondage est sa marge d’erreur. Celle-ci est généralement mentionnée par les médias qui commandent l’étude. (Si elle ne l’est pas, on peut habituellement en prendre connaissance en visitant le site Web de la firme responsable.) Ce paramètre détermine dans quelle mesure les résultats d’un sondage devraient représenter fidèlement les intentions de l’électorat entier. Par exemple, si une marge d’erreur de « 3%, 19 fois sur 20 » accompagne les intentions de vote d’un parti à 40 %, cela signifierait que sur 20 échantillons, les résultats devraient se trouver entre 37 et 43% (±3) dans 19 ces échantillons (donc 95% des cas).

Dépendamment du nombre d’électeurs sondés, ces marges peuvent aller de 1% à 5% et même plus ! En outre, la variation tend à s’étendre plus un parti reçoit d’intentions de vote. (Pour en savoir plus sur les subtilités de la marge d’erreur, c’est ici.)

Donc la prochaine fois que vous vous fierez sur un sondage pour « voter stratégiquement »… Assurez-vous au moins que ce sondage présente une marge d’erreur fiable ! En attendant, vous pouvez toujours vous fier sur les sondages pour bâtir votre pool…