Politique québécoise :un troisième référendum ça vous-dit?

21 juillet 2018, par Élizabeth Dubé


Manifestation opposant les Nationalistes (NON) et les Souverainistes (OUI), 1995

Prenez un instant et réfléchissez à l’année 1995, quel âge aviez-vous? Étiez-vous même née? Et si je vous disais qu’on vous offre à nouveau la chance de décider de l’avenir de notre « p’tit » Québec, y réfléchiriez-vous?

Un saut dans le passé

Mai 1980, premier référendum au Québec, première fois où il est question de faire de notre petite province un grand pays. Après de nombreux débats et beaucoup de chicanes de voisins, le NON l’emporte avec 59,56 %, la population n’est pas prête à dire au revoir à sa feuille d’érable emblématique.

Quinze en plus tard, c’est un parti québécois mieux préparé et beaucoup plus déterminé qui relance l’appel! Cette fois dirigé par Jacques Parizeau, le premier ministre du Québec compte sur l’appui de plusieurs personnes influentes, dont le chef du Bloc québécois et chef de l’opposition, à la Chambre des communes Lucien Bouchard et le chef de l’Action démocratique du Québec, Mario Dumont. Autre flèche à leur arc, la célèbre citation de René Lévesque « Si je comprends bien, vous me dites à la prochaine fois » résonne encore et toujours dans le cœur de plus d’un Québécois. Néanmoins, pour une deuxième fois consécutive, le NON l’emporte sur le OUI par seulement 0,58 %.

Nous voilà désormais, plus de 20 ans plus tard! Si le débat ne fait plus la une des manchettes, la question demeure à l’esprit de certains politiciens, et si on se séparait? Avant de vous emballer d’un côté ou de l’autre, prenez le temps de peser les pour et les contres qui sont affichés un peu plus bas.

La souveraineté oui, mais pourquoi?

En 2015, le Bloc Québécois publiait un rapport contenant huit bonnes raisons de faire du Québec un pays à part entière, en voici les principales lignes :

  • Pour que le Québec se gouverne lui-même selon ses priorités et ses valeurs. Le Québec est un peuple distinct avec une identité qui lui est propre.
  • Pour un Québec plus riche; notre province comporte une multitude de ressources naturelles. C’est à nous de développer et de redistribuer cette richesse.
  • Pour établir des politiques économiques en fonction de nos intérêts. Pouvoir dépenser le montant total cumulé par les impôts en fonction des intérêts économiques du Québec seulement.
  • Pour un Québec ouvert sur le monde. Avoir la liberté de choisir nos propres partenaires et accords commerciaux.
  • Pour des finances publiques plus saines. Avoir la possibilité de gérer nous-mêmes nos finances et pouvoir régler une bonne fois pour toutes la dette publique.
  • Pour une qualité de vie unique. C’est au Québec de décider de son modèle de redistribution de la richesse et pas à Ottawa.
  • Pour accueillir et inclure pleinement les nouveaux arrivants. Le Québec possède une riche histoire de solidarité avec plusieurs peuples.
  • Pour établir des politiques qui reflètent les valeurs du Québec. Nous devons constamment lutter pour préserver notre culture, notre langue, nos valeurs, notre identité et notre caractère distinct.

Le prix de la liberté

Le professeur agrée en science économique de l’Université McGill Christopher Ragan, apporte, pour sa part, trois raisons qui justifient le coût élevé de l’indépendance au Québec. Tout d’abord, contrairement à ce qu’avance le Bloc Québécois, la dette publique augmenterait drastiquement, passant de 49 pour cent de notre PIB à 92 pour cent. Le Québec se retrouverait plus endetté que la France, l’Espagne et les États-Unis.

Par la suite, il clame que si nous redonnons beaucoup au Fédéral en TPS et en impôts, celui-ci nous en donne tout autant par l’entremise de programmes tels que l’assurance-emploi et la sécurité de la vieillesse. Assurer la somme de ces services reviendrait encore plus coûteux et créerait un énorme trou budgétaire.

Finalement, un Québec indépendant pourrait toujours utiliser la devise canadienne, par contre il n’aurait plus aucun droit de regard sur la politique monétaire qui lui permettrait de stabiliser son économie. Le Québec pourrait toujours décider de créer une nouvelle devise québécoise, mais elle risque de troubler le marché déjà existant et d’amener par le fait même une dévaluation de sa valeur.

Alors, est-ce qu’on se sépare?